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Ecran total : un événement pensé par et pour les enseignants du territoire

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TERRECOLE organise avec ses partenaires l'événement Ecran Total : protéger et éduquer nos enfants.

A l'origine de cet événement, un échange avec plusieurs enseignants du territoire du Montrésorois et du Lochois. Corinne SIGONNAUD-BASTARD, directrice de l'école de Genillé a été une enseignante moteur de ce projet, elle nous en dit plus sur sa vision des écrans et du numérique éducatif.

Pouvez-vous présenter ?

Corinne Sigonnaud-Bastard : Je suis Corinne SIGONNAUD-BASTARD, directrice de l'école primaire de Genillé et maman de deux grands enfants.

Lors d’un conseil d’administration du lycée où étaient scolarisés mes enfants, en tant que représentante des parents d’élèves, j’ai été interpellée par l’alerte de M. BARETTO, professeur d’anglais, sur l’usage excessif du téléphone portable chez les lycéens. Cette prise de conscience m’a poussée à agir. J’ai ainsi initié un lien entre Terrecole et M. BARETTO, car le territoire du Montrésorois rencontrait les mêmes problématiques.

Il est indéniable que les écrans occupent une place croissante dans la vie de nos élèves et des enfants en général.

Pouvez-vous nous rappeler l'historique qui a conduit à la création de cet événement sur les écrans ?

Corinne Sigonnaud-Bastard : Il y a quelques années, j’enseignais en Grande Section de maternelle. Certains enfants de 5 ou 6 ans se vantaient déjà de jouer à Fortnite, avec l’approbation de leurs parents qui leur achetaient des packs.

Pourtant, ce jeu est classé PEGI 12 en raison de ses scènes de violence modérée. Aujourd’hui, des élèves de CP et CE1, âgés de 7 ans, jouent à GTA ou regardent des adultes y jouer. Ils sont alors exposés à des scènes de violence sanglante, des contenus à caractère sexuel, de la vulgarité et des références à la drogue.

Ce jeu s’illustre par son caractère irrévérencieux et parfois transgressif.

Un cap a été franchi.

Nous constatons une recrudescence des jeux violents et des comportements agressifs dans les cours de récréation, tant entre enfants qu’envers les adultes de l’école. Certains élèves ne jouent plus qu'à des jeux de bagarre ou de poursuite, allant jusqu'à détourner des jeux de construction en armes. Certes, les enfants ont toujours joué à des jeux de confrontation, mais auparavant, ils pratiquaient également d’autres jeux traditionnels. Aujourd’hui, cette diversité tend à disparaître.

Nous savons aussi que certains écoliers possèdent des comptes sur les réseaux sociaux comme Facebook et regardent des vidéos sur TikTok.

Dès la maternelle, nous observons une augmentation des retards de langage (prononciation altérée, vocabulaire restreint), ainsi que des troubles de l’attention et de la concentration.

Existe-t-il un lien de causalité avec l’exposition aux écrans ? La question mérite d’être posée.

Quelle est votre vision du numérique et du numérique éducatif en tant que professionnelle de l'éducation ?

Corinne Sigonnaud-Bastard : Nous savons que les écrans peuvent représenter un danger pour les enfants sans accompagnement adapté.

Cependant, ils constituent également un formidable outil pédagogique.

De nombreuses applications permettent de diversifier les apprentissages et de renforcer la motivation des élèves en utilisant le jeu sur tablette. L’Intelligence Artificielle offre même la possibilité de proposer des parcours personnalisés afin que chaque élève progresse à son rythme. C'est une opportunité de différenciation qu'il serait dommage d'ignorer.

Les nouvelles technologies permettent aussi d’accéder à une multitude de ressources, comme ChatGPT. Il est primordial d’apprendre aux élèves à utiliser ces outils de manière responsable et à développer leur esprit critique face à la prolifération des fake news.

Ainsi, si les écrans ont des avantages, il est essentiel d’en limiter l’usage pour en tirer le meilleur parti sans en subir les effets néfastes.

Pourquoi ne pas appliquer la règle "3-6-9-12" de Serge TISSERON ? Celle-ci recommande :

- Pas d'écran avant 3 ans,

- Pas de console de jeu personnelle avant 6 ans,

- Pas d'Internet sans accompagnement avant 9 ans,

- Pas d'Internet seul avant 12 ans (ou l'entrée au collège).

J’espère que cette journée de sensibilisation favorisera une prise de conscience collective sur les dangers d’une surexposition passive aux écrans dès le plus jeune âge.

Qu’elle permette aussi de découvrir des outils indispensables à la formation des citoyens du monde de demain ... à utiliser avec d’autant plus de modération que l’utilisateur est jeune !

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