Thibaud, pouvez-vous nous indiquer quelques grandes valeurs sur la consommation du numérique et les incidences sur le réchauffement climatique ?
Thibaud Malbert : Actuellement, le numérique représente 3 à 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (sources GreenIT.fr et The Shift Project). Pour donner un ordre de grandeur, le numérique émet autant que 700 millions de personnes (soit plus de 10 fois la population française) émettant 2T eqCO2 sur une année (objectif à 2050 définit par l’accord de Paris lors de la COP 21 pour rester sous le seuil d’un réchauffement planétaire de 1,5°C).
Au-delà des émissions de gaz à effet de serre, la pression du numérique sur les ressources (énergie, minerai, eau) est considérable. Loin de “dématérialiser”, le numérique présente bel et bien une matérialité de par l’ensemble des infrastructures réseaux, des serveurs (datacenters) et des terminaux utilisateurs. On dénombre aujourd’hui 34 milliards d’équipements dans le monde (pour 8 milliards d’humains, pas tous utilisateurs du numérique…).
Il est donc important de garder en tête le “sac à dos écologique” du numérique. Par exemple, pour fabriquer un ordinateur de 2kg, il faut mobiliser plus de 800kg de ressources et plusieurs milliers de litres d’eau douce. (source ADEME)
Son impact environnemental est déjà considérable, mais le problème est d’autant plus préoccupant que l’utilisation du numérique suit actuellement une courbe exponentielle. En effet, le nombre d’utilisateurs a été multiplié par 2,5 entre 2010 et 2020 (source GreenIT.fr) et le trafic internet mondial a été multiplié par 17 sur la même période (source IEA).
Thibaud, pouvez-vous nous expliquer ce qu'est le numérique responsable ?
Thibaud Malbert : Face à ce constat, l’approche du numérique responsable vient essayer de réduire cet impact.
Le numérique responsable est une démarche d’amélioration continue qui vise à améliorer l’empreinte écologique et sociale du numérique. (source MiNumEco)
L’objectif est de minimiser l’impact environnemental, mais aussi sociétal. Au-delà d’un débat sur l’optimisation et la performance d’un service numérique, le numérique responsable s’attaque aussi au sujet de l’accessibilité, de l’inclusivité, de la fracture numérique et du besoin utilisateur.
En France, depuis 2021, le Référentiel Général d’Écoconception de Services Numériques (RGESN) propose un cadre pour réduire la consommation de ressources informatiques et énergétiques et la contribution à l’obsolescence des équipements.
Il pose notamment des questions fondamentales dans le cadre de l’éco-conception, à commencer par l’utilité du service numérique (est-ce qu’il répond à l’un des objectifs de développement durable ? - critère 1.1), l’identification des besoins (critère 1.2) et l’existence de solutions répondant au besoin (critère 1.3). (voir aussi Designers Éthiques)
Par ailleurs, une fois le bilan des impacts du numérique fait, la perspective d’un numérique responsable peut sembler questionnable.
Thibaud, quels sont les avantages d'un site éco-conçu ?
Thibaud Malbert : Sans grande surprise, le premier avantage d’un site éco-conçu est la réduction de son impact environnemental.
En considérant que la majeure partie de l’impact environnemental du numérique se concentre sur la fabrication des équipements, serveurs et infrastructures réseaux (60 à 85% - sources GreenIT.fr), la démarche d’éco-conception d’un site se concentre donc sur la réduction du renouvellement des équipements utilisateurs (ordinateurs, smartphones, tablettes, etc.). Cela passe par un effort sur la rétro-compatibilité du site avec des appareils plus anciens, notamment par la simplification du service numérique (moins de fonctionnalités, simplification de la conception, etc.).
Toutefois, certains avantages indirects de l’éco-conception peuvent être notés :
- la simplification du site le rendra plus accessible à des personnes en situation de handicap ou éloignés du numérique ;
- le contenu étant plus simple, le site bénéficiera d’un meilleur référencement sur les moteurs de recherche ;
- de même, le site sera plus facile à maintenir et à faire évoluer. Il pourra aussi être moins coûteux à développer ;
- du fait que le site sera plus léger, son chargement sera accéléré et le taux de rebond des visiteurs sera réduit ;
- aussi, le site restera accessible dans des zones à faible couverture réseau ;
- les outils de suivi d’utilisation ayant un poids non-négligeables, dans le cas d’un site éco-conçu, on essaiera de minimiser l’utilisation de ce type d’outil, augmentant ainsi le respect de la vie privée des visiteurs.
Thibaud, en quoi le site Terrecole.fr est-il éco-conçu ?
Pour commencer par le premier critère du RGESN mentionné plus haut, le site de Terrecole adresse un sujet en lien avec l’accès à une éducation de qualité, le 4ème des 17 objectifs de développement durable (source ONU).
Bien que le site soit toujours en construction, l’objectif de le garder simple permet déjà de :
- garder des pages légères faciles à charger. À titre de comparaison, le poids moyen d’une page actuellement sur le Web est de 2Mo (2000ko) là où la moyenne des pages du site de Terrecole est de 165ko ;
- de simplifier le parcours du visiteur lui permettant d’accéder efficacement à la ressource qui l’intéresse.
Un exemple d’effort d’éco-conception réalisé pour permettre de réduire le renouvellement des équipements utilisateurs est de veiller à ce que le site fonctionne sur des petits écrans (correspond aux smartphones et ordinateurs portables plus anciens). Par exemple, via la correction d’un problème de débordement des liens dans les articles ou les ressources sur les smartphones avec un écran petit.
Un autre exemple est le choix de ne pas afficher de vignettes sur les articles dans les rubriques Le projet et Nos actualités afin d’éviter le chargement inutile d’images potentiellement lourdes.
Cependant, des pistes d’améliorations existent déjà et seront progressivement développées, notamment un sujet important sur l’allègement des images dans les articles.
Pour contacter Thibaud, rendez-vous ici :